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sept26 2013

Voyager en Corée du Nord, c’est comment ?


Voyage

Catégories : Corée du Nord

Tags : Corée, voyage

© Lucien Muller

Je prends place dans mon siège, un employé fixe ma ceinture de sécurité, les secondes défilent, la tension monte, mon cœur bat la chamade… jusqu’au moment où je me retrouve propulsée à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, dans le ciel de… Pyongyang. Je viens d’effectuer mon premier tour de manège à la fête foraine de la capitale nord coréenne… peut-on faire plus surréaliste ? Je regarde les visages autour de moi, ceux des touristes occidentaux, mais également ceux des habitants de Pyongyang, qui rient en me regardant descendre du périlleux manège. Aurais-je pensé un jour vivre une telle expérience ?

Me voici de retour du voyage le plus incroyable que j’ai vécu jusqu’à présent. Visiter la Corée du Nord, c’est une épopée dans l’espace, mais aussi dans le temps. On croirait faire un bond de 50 ans en arrière, débarquer dans un autre monde, qu’on ne peut pas imaginer à moins de l’avoir vu de ses propres yeux… alors, voyager en Corée du Nord, c’est comment ?

Pourquoi aller en Corée du Nord ?

C’est une question que l’on m’a souvent posée avant le départ. En effet, la Corée du Nord n’est pas un pays qui fait particulièrement rêver. Ceux pour qui les vacances signifient détente, farniente à la plage et doigts de pied en éventail n’y trouveront pas leur compte. Pourquoi « gaspiller» deux précieuses semaines de vacances, soit à peu près la moitié des vacances annuelles, pour visiter une dictature, un pays dans lequel on n’aura aucune liberté de mouvement en tant que touriste, ou notre itinéraire, nos repas, notre hébergement seront prévus d’avance sans aucune possibilité de changement ?

Eh bien justement pour l’expérience que cela représente ! Un voyage sans nul autre pareil, une plongée au cœur du pays le plus fermé au monde, dans une dictature de fer, un régime cruel et répressif… de la Corée du Nord, les seules images que l’on connaît à l’extérieur sont des images d’armée, de missiles, de foule docile et soumise au régime. En visitant le pays, il est possible de se faire une idée plus personnelle et plus humaine de la vie quotidienne en DPRK. Bien entendu, nous n’avons vu que ce que l’on voulait bien nous montrer. Mon témoignage n’est donc qu’une infime partie de la réalité nord coréenne, qui est bien plus sombre que ce que nos guides nous ont montré avec fierté.

© Lucien Muller

Quand à l’aspect éthique de visiter une dictature aussi violente, elle est sujette à débat. Je suis personnellement partie dans une optique positive, pleine de curiosité et attendant d’en apprendre plus sur la manière dont la propagande s’effectue. Je ne culpabilise pas d’avoir visité le pays. A ce moment là, beaucoup d’autres destinations seraient à rayer de la liste…Je suis à présent convaincue que le tourisme en Corée du Nord est une bonne chose et que cette industrie très limitée (quelques milliers de touristes par an) n’est pas assez développée pour soutenir économiquement le régime de Kim Jong-un.

En Corée du Nord, on voit quoi ?

J’ai eu la chance de visiter le pays durant la période de la fête nationale (qui a lieu le 9 septembre). L’ambiance dans les rues de Pyongyang était donc différente qu’à l’habitude : d’avantage de voitures, de touristes occidentaux, de touristes nord coréens, les hôtels étaient complets… Pas de trace donc des grandes avenues vides que l’on a l’habitude de voir dans les médias internationaux. Les préparatifs de la fête nationale allaient bon train, dans une atmosphère festive. Première constatation : la Corée du Nord est bien différente que les clichés que l’on s’en fait.

Un des rares bus, toujours bondés© Lucien Muller
Un des rares bus, toujours bondés

J’ai toujours imaginé les habitants du pays comme étant complètement endoctrinés, ne se rendant pas compte de ce qui se passe à l’extérieur de leurs frontières, et passant leurs journées à vénérer leurs grands leaders. Première erreur. Ce qui a été le plus frappant, en arrivant à Pyongyang, c’est de découvrir que malgré la militarisation extrême du pays, les fresques gigantesques à la gloire du parti, les statues monumentales de Kim Il Sung et de Kim Jong Il, les gens « vivent leur vie ». Ils travaillent, se déplacent à pied, à vélo ou en bus, s’affairent dans les rues… J’étais jusqu’ici convaincue que leurs journées étaient vouées à louer leurs dirigeants sous la menace militaire permanente.

Préparatifs pour la parade de la fête nationale© Lucien Muller
Préparatifs pour la parade de la fête nationale

J’y ai trouvé un peuple beaucoup plus ouvert à l’étranger que ce que j’imaginais, du moins en apparence. Les gens semblaient curieux de nous voir, nous, groupe d’une vingtaine de blancs-becs, nous faire promener en bus dans les avenues de la capitale. La grande majorité nous faisaient des signes de la main, nous souriaient, nous faisaient des compliments, sans aucune once d’hostilité. La propagande anti-américaine y était telle que je pensais ressentir une haine de leur part, nous assimilant à l’agresseur impérialiste. Que nenni.

Un petit bowling?
Un petit bowling?

J’ai également compris que les Nord Coréens, loin d’être stupides, saisissent du doigt des notions qui leurs sont complètement interdites. Ils se rendent compte qu’une autre réalité existe ailleurs. C’est particulièrement vrai pour nos guides, issus de milieux favorisés de Pyongyang, qui ont étudié les langues et sont en contact très fréquemment avec des touristes.

© Lucien Muller

Les images, les anecdotes que nous leurs transmettons de notre histoire et de notre pays les intéressent et leur donnent une autre vision de leur propre réalité. Voila pourquoi à mon sens le tourisme est une des clés pour une ouverture des esprits en Corée du Nord. L’échange entre les Nord Coréens et les touristes est bénéfique pour les deux parties. La communication est certes très limitée puisque personne à part les guides ne comprend l’anglais, mais je ressors enrichie de ce voyage comme d’aucun autre auparavant.

Visages souriants lors de la parade de la fête nationale© Lucien Muller
Visages souriants lors de la parade de la fête nationale

Durant le voyage de cinq jours, les visites se sont enchainées. Chaque groupe de touristes est pris en charge par plusieurs guides locaux (3 guides Nord Coréens et un guide britannique de notre agence pour notre part) et se déplace en bus officiel de la KITC (Korean International Travel Company). C’est cet organisme qui est responsable du tourisme dans le pays et qui définit ce que nous avons le droit de voir ou non. Pour montrer l’image la plus reluisante possible du pays, nous avons donc vu ce que Pyongyang offre de plus impressionnant : le mausolée où reposent Kim Il Sung, fondateur de la nation (décédé en 1994) et son fils Kim Jong Il, un peu plus frais, qui a passé l’arme à gauche en 2011. Les corps y reposent, telles des statues de cire, dans un monumental bâtiment fait d’or et de marbre. Dans un silence religieux et un froid glacial, il s’agit de se prosterner 3 fois devant chaque dépouille. Une expérience hallucinante, surréaliste, glaçante…

© Lucien Muller

On nous fait voir également toutes les plus hautes constructions, l’arc de Triomphe, des tours et des statues toutes plus immenses et imposantes les unes que les autres. Nous prenons le métro, extrêmement profond, nous admirons un panorama à couper le souffle sur la ville du haut d’une tour, nous assistons à un spectacle d’écolières choisies pour leur assiduité au travail, nous visitons la bibliothèque, ou soit disant quelques 30 millions de livres seraient stockés dans 10 étages souterrains… Chaque visite est faite pour nous montrer la grandeur du pays et de son dirigeant.

© Lucien Muller

© Lucien Muller

Nos guides évitent soigneusement de nous faire remarquer les aspects les plus noirs de la Corée du Nord. En effet, dès que l’on s’éloigne de la capitale, la réalité est toute autre. Jamais je n’ai vu une misère aussi profonde. A la campagne, les gens n’ont rien. Ils mangent du maïs, se logent dans des cahuttes en herbe, se lavent dans la rivière… et ce n’est que la pointe de l’iceberg, puisque le pire se trouve bien éloigné du regard des touristes.

© Lucien Muller

Malgré la propagande, malgré la mise en scène, les mensonges, le manque de liberté, les questions qui restent en suspens, je rentre complètement satisfaite de mon voyage, heureuse d'avoir pu vivre durant quelques jours dans ce système complètement schizophrène. Un régime qui durera, mais encore combien de temps, et comment?

Conseils pratiques 

Voyager en Corée du Nord est beaucoup plus facile qu’il n’y parait. Vous ne pouvez pas réserver un billet d’avion pour Pyongyang et vous déplacer seul dans le pays, il faut impérativement passer par une agence. Nous avons choisi Koryo Tours, qui est basée à Pékin et qui s’est occupée de toutes les démarches. Votre voyage se fera en groupe et vous serez accompagné par plusieurs guides nord coréens et un guide occidental de l’agence. Loin de moi l'idée de faire quelconque publicité, mais notre voyage a été extrêmement bien organisé, je ne peux donc que recommander cette agence.

Budget: élevé, il est nécessaire de prévoir un certain investissement. Comptez environ 1500 à 2000 euros pour le voyage en Corée du Nord, à quoi il faut encore ajouter le billet d'avion jusqu'à Pékin, d'où s'effectue le départ pour Pyongyang. Un voyage à ne décidément pas entreprendre à la lègère.

Il y a tant à dire sur ce périple en Corée du Nord...un article ne suffit pas à tout exprimer, bien sûr. En attendant la suite, découvrez une partie du voyage en images ICI !

Et vous, seriez-vous tenté par un voyage en Corée du Nord? Pour quelles raisons?

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